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Dissuasion nucléaire : France et Royaume-Uni resserrent les rangs face à la Russie
information fournie par Boursorama avec Media Services 10/07/2025 à 16:08

Paris et Londres, les deux puissances nucléaires européennes, resserrent leurs liens nucléaires, un pas important pour faire face à la dégradation de la sécurité en Europe, compliquer les calculs de la Russie et rassurer les alliés européens soucieux de l'avenir du parapluie nucléaire américain.

Si la dissuasion nucléaire française dispose d'une composante aéroportée grâce au Rafale (illustration), le Royaume-Uni ne peut pour l'heure compter que sur ses sous-marins, en attendant l'arrivée de nouveaux avions F-35 ( AFP / GIUSEPPE CACACE )

Si la dissuasion nucléaire française dispose d'une composante aéroportée grâce au Rafale (illustration), le Royaume-Uni ne peut pour l'heure compter que sur ses sous-marins, en attendant l'arrivée de nouveaux avions F-35 ( AFP / GIUSEPPE CACACE )

Quelle est la posture nucléaire des deux pays?

Depuis son origine, la dissuasion nucléaire française se veut complètement indépendante et repose sur l'appréciation par un seul homme, le président de la République, d'une menace contre les intérêts vitaux du pays.

Selon l'institut Sipri, la France dispose de 290 têtes nucléaires, réparties entre les missiles embarqués à bord de quatre sous-marins et ceux emportés par les avions de combat Rafale.

Le Royaume-Uni dispose de son côté de 225 têtes nucléaires. La dissuasion nucléaire britannique n'a qu'une composante océanique avec quatre sous-marins lanceurs d'engins, mais le gouvernement a annoncé en juin le rétablissement d'une composante aéroportée avec l'achat de 12 avions de combat américains F-35.

A la différence de la France, les forces nucléaires britanniques sont intégrées à l'Otan, au profit de la défense des 32 Etats de l'Alliance.

L'Elysée a rappelé mercredi que les forces nucléaires des deux pays restent "indépendantes mais peuvent être néanmoins coordonnées". Si la dissuasion française est indépendante, le président Emmanuel Macron avait rappelé en 2020 "la dimension authentiquement européenne" des intérêts vitaux français.

Et depuis la déclaration conjointe de "Chequers" en 1995, Paris et Londres ont acté qu'il n'y "pas de situation dans laquelle les intérêts vitaux de l'un (...) pourraient être menacés sans que les intérêts vitaux de l'autre le soient aussi".

Qu'est-ce qui change ?

La déclaration de Chequers était strictement limitée à la définition des intérêts vitaux des deux pays. La portée de la nouvelle coopération est beaucoup plus étendue.

"Chequers était une déclaration uniquement franco-britannique et d'un niveau très politique", résume Héloïse Fayet, chercheuse sur les questions nucléaires à l'Institut français des relations internationales. Maintenant, "la référence aux armes nucléaires est beaucoup plus visible et claire".

"Il y a deux avancées: sur le plan opérationnel avec cette coordination des deux dissuasions", analyse-t-elle pour l'AFP. "Et la deuxième, c'est évidemment l'élargissement sur la dimension européenne conjointe".

Les deux pays affirment "qu'il n'existe aucune menace extrême sur l'Europe qui ne susciterait une réponse des deux". Il n'est pas dit que la réponse à cette "menace extrême" est forcément nucléaire, puisque le mot n'est pas employé ici. Mais "ce passage est mentionné dans le cadre du partenariat nucléaire, donc l'ambiguïté est maintenue", analyse Artur Kacprzyk, du centre de recherche polonais PISM.

Paris et Londres disent qu'ils peuvent répondre à une "menace extrême sur l'Europe par des réponses conventionnelles, des attaques cyber, et du nucléaire évidemment", selon Mme Fayet.

L'ambiguïté est donc maintenue à dessein sur l'existence d'un parapluie nucléaire franco-britannique sur l'Europe. Sur le volet coopération, les deux capitales changent là aussi de dimension avec "un groupe de supervision nucléaire".

"C'est un approfondissement du mécanisme de consultation qui existe déjà" mais à un niveau inférieur, explique Mme Fayet. Aujourd'hui "c'est vraiment une étape supplémentaire avec un degré de coordination inédit au niveau militaire et politique". Cela ouvre la porte à des traductions concrètes comme des patrouilles sous-marines conjointes, avec par exemple un sous-marin d'attaque de l'un escortant un sous-marin lanceur d'engins de l'autre, ou encore la participation d'aéronefs britanniques aux exercices français.

Compliquer les calculs russes?

"C'est une évolution bienvenue pour la sécurité de l'Europe", explique M. Kacprzyk. "Elle complique les calculs stratégiques russes".

"C'est un message supplémentaire qui leur est adressé: la France et le Royaume-Uni pourraient lancer une réponse nucléaire coordonnée à une attaque contre leurs alliés", souligne-t-il.

Mais, ajoute-t-il, "cela dépendra beaucoup de ce que les deux pays feront vraiment ensemble" et de ce qu'ils montreront pour crédibiliser ces paroles, un point essentiel dans l'univers de la dissuasion.

D'autre part, "beaucoup d'Européens s'inquiètent de plus en plus des Etats-Unis" et de la solidité de leur engagement, rappelle Ed Arnold, expert au Royal United Services Institute, un groupe de réflexion basé à Londre.

Dans ce contexte, "la réception par les autres Européens de la coopération franco-britannique ne peut être que positive à condition qu'il y ait une traduction opérationnelle concrète et rapide dans des mécanismes de discussion franco-britannique avec plus d'autre pays", abonde Mme Fayet.

Par ailleurs, le chemin ne s'arrête pas là, explique M. Kacprzyk: "je pense qu'il y a de nombreuses mesures que les deux parties peuvent prendre ensemble ou séparément pour renforcer davantage la dissuasion nucléaire européenne, comme avoir davantage de forces nucléaires ou, comme Emmanuel Macron l'a mentionné, en déployer certaines sur les territoires alliés".

9 commentaires

  • 10 juillet 17:55

    Les européens font les bons choix d'unité, la Russie les mauvais avec la Corée du Nord, l'Iran, et la Chine qui vise ses territoires et plus. L'histoire se répète la Russie est victime de sa taille et de son hyper pouvoir central abusif qui conduit aux dérives et que l'on doit aider ensuite


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